Excusez-les, ils ne savent pas ce qu’ils font ?

Les Limites à la croissance (dans un monde fini) (en anglais The Limits To Growth), également connu sous le nom de « Rapport Meadows », est un rapport demandé à des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (MIT) par le Club de Rome en 1970, publié en anglais en 1972. Pendant que les américains manifestent contre la guerre du Vietnam et créent Woodstock, ces scientifiques publient les premières projections du déclin de la civilisation post-industrielle. Rapport très critiqué par la communauté internationale, démoli par la presse, il n’en pose pas moins le jalon d’un signal d’alarme que les dirigeants n’ont pas su saisir.

Au moment où Servigne et Stevens publient la version 2.0 de ce rapport en France (Comment tout peut s’effondrer), cela fait déjà une décennie qu’Yves Cochet a écrit Pétrole Apocalypse, où il prévoit la fin du pétrole bon marché dans le monde, plaide pour une relocalisation de la production agricole plus proche des consommateurs, et insiste sur la nécessaire sobriété dans notre mode de vie. La collapsologie et les thèses de l’effondrement vont devenir plus prégnantes, conjecturant sur l’addition des crises climatique, pétrolière et financières afin de pointer du doigt la non-résilience (capacité d’adaptation aux chocs) de notre pays. L’autosuffisance alimentaire, la rupture des chaînes d’approvisionnement ou l’insécurité liée au nombre d’armes à feu sur le territoire vont être des réflexions de fond menée par le collectif S.O.S. Maires, qui veut former l’échelle locale à se préparer en cas de catastrophe à impact national.

Depuis plus d’un an, la théorie de l’effondrement (ou des effondrements pour Alain Damasio) a quitté les sphères catastrophiques pour pénétrer les médias traditionnels. Des experts comme Jean-Marc Jancovici sont nommés par le président de la République pour siéger au Haut Conseil pour le Climat, et une Convention Citoyenne pour le Climat rédige des pistes d’action concrète à soumettre à l’exécutif. Pourtant, les manifestations pacifiques et les activistes sont traités comme des criminels, et ceux qui s’accaparent le pouvoir ont toujours la faveur du peuple. A quand la bascule ?

Les morts qui indiffèrent

Un milliard d’animaux, au bas mot, auraient péri dans les feux de brousse qui ravagent l’est de l’Australie [début 2020], selon le professeur Chris Dickman, chercheur à l’université de Sydney. Une catastrophe pour un pays qui compte une grande proportion d’espèces endémiques – c’est-à-dire uniques à cette île-continent.

Une sixième extinction de masse est en cours, les scientifiques mettent en évidence la disparition importante d’espèces à un rythme élevé. Vertébrés et invertébrés sont touchés. Les changements de climat et la perte d’habitat sont mis en cause. D’après une étude parue dans Science, depuis le début du XVIe siècle, plus de 320 espèces de vertébrés terrestres se sont éteintes et celles qui restent - hors l’espèce humaine - auraient vu leur population diminuer de 25 %. Les grands animaux faisant partie de la « mégafaune » (éléphants, rhinocéros, ours polaires…) sont particulièrement touchés. Selon le WWF, les populations mondiales de vertébrés ont diminué de moitié en quarante années. La cadence pourrait être largement accélérée une fois que le dérèglement climatique sera vraiment enclenché. 2020 semble montrer, avec les mégafeux et la destruction massive de la biodiversité en Australie, comment tous les animaux, humains compris, seront sans solution face aux défis qu’ils vont rencontrer.

Des milliards de criquets pèlerins déferlent actuellement sur l’Afrique de l’Est, menaçant la sécurité alimentaire de la région. Ces insectes, au premier abord inoffensifs, sont en effet capables de dévorer l’équivalent de 400 000 tonnes de nourriture par jour. Il semble qu’il en aille de même pour les espèces envahissantes d’insectes et d’animaux : flexibles, résistantes, elles se rendent maîtres d’un environnement, qu’elles colonisent plus vite avant de s’en prendre à toutes les espèces concurrentes. C’est le cas du frelon asiatique, bien connu dans les campagnes françaises parce qu’il décime les populations d’abeilles ; de la fourmi d’Argentine, qui se répand en Europe en formant des « super-colonies » sur un mode de collaboration unique ; des méduses dans tous les océans ou des pieuvres au large des côtes australiennes.

Les études relient aujourd’hui les feux australiens aux invasions de criquets d’Afrique. Les populations animales bougent sous l’effet du changement climatique, et chassent ou tuent les espèces locales lorsqu’elles sont plus adaptées, plus rapides, plus fortes.

à suivre…