26 Jan 2020

Information vs pandémie

Qu'est-ce-que le coronavirus nous apprend sur notre gestion de la connaissance ?

Le mouvement littéraire des neuromantiques a imaginé au XXème siècle que nous pourrions nous augmenter cybernétiquement en branchant des puces de connaissances dans notre système cognitif. Internet n’est pas encore implanté dans notre corps, mais il fournit néanmoins à qui le souhaite une somme d’actualités incroyables sur la plupart des sujets : politique mondiale ou locale, auto-médication, nos droits en cas d’adversité, comment bien manque et les risque de l’agroalimentaire actuelle, faire du sport ou se détendre à son domicile, et ainsi de suite. En bon consommateurs, si nous voulons savoir quelque chose, le marché de la connaissance immédiate y pourvoit avec de nombreuses réponses.

Satisfaisantes ?

Pas toujours.

Les spécialistes de métier s’en plaignent. Leur clientèle arrive parfois devant eux avec de bien mauvaises certitudes, liées à des renseignements gratuits qu’elle a trouvée sur le web. Internet s’accomode des démi-vérités en proposant de trancher par le vote du peuple : charge à chacune de donner son avis, de mettre une note, d’appuyer sur des pouces en l’air. Nous voilà donc toustes collectivement plus sachantes, plus conscientes, plus connectées que jamais au cours de la brève histoire humaine.

Et dans le même temps, les périls globaux qui pourraient nous décimer massivement se rapprochent avec constance : pandémies mondiales, pénuries d’eau et famines dues au dérèglement climatique, catastrophes naturelles (pour l’humain, car la nature ne se plaint pas de changer), troisième guerre mondiale, explosion du système financier…

Il y a quelques années encore, la science-fiction nous imaginait dans l’espace, des sources d’énergie illimitées pour faire fonctionner une technologie supra-intelligente, fricotant avec le voyage dans toutes les dimensions…. Pour que finalement le film de la dernière décennie, ce soit Mad Max : Road Rage.

Edifiant, non ?

Si Alain Damasio lutte en France pour rebooter l’imaginaire d’anticipation au filtre des effondrements en cours et à venir, il faut se rendre à l’évidence : la culture ne reflète que son époque, sa faculté à prédire l’avenir correctement ne s’améliore pas avec les années. Même avec l’outil Internet, deviner où en sera l’humanité dans vingt ans reste un jeu d’équilibriste drogué qui avance les yeux bandés. En prenant en compte l’inertie des peuples, on peut légitimement douter de toute évolution radicale de l’humanité. Si on parie sur l’intelligence collective et sur des changements structurels de notre société, la subjectivité et les peurs risquent bien d’anesthésier la clairvoyance des auteurs. Pessimisme ou optimisme, il faut choisir son camp. Scientifique ou technophile, spirituel ou religieux, social ou humain… Les vérités apportées par la connaissance ne semblent pas nous aider aujourd’hui à construire un futur plus fonctionnel, plus désirable, plus inclusif.

Les risques sanitaires qui arrivent au début de cette nouvelle décennie sont une épreuve de plus que les dieux de cette planète, fatigués, nous envoient, dans l’espoir qu’on retrouve le chemin de la coopération qui a permis à ce singe devenu sapiens de prendre le pas sur les autres espèces animales. Selon les meilleures hypothèses, la solution ne se trouve pas encore sur Youtube, ni sur le reste du web. Le constat d’inégibilité des connaissances actuelles à donner espoir à la jeunesse et confiance aux vieilles générations me fait siffloter un air de France Gall.

Débranche.
Débranche tout.

Et le coeur des hommes s’allumera sans prise de courant.